Abandon de poste : la règle s'est retournée — et plutôt en votre faveur
Avant, le salarié qui disparaissait repartait avec le chômage. Depuis 2023, il est présumé démissionnaire. À une condition près : une lettre, faite correctement.
⭐ Le saviez-vous ?
Un de vos salariés ne vient plus, ne répond plus, ne justifie rien. Pendant des années, ce scénario tournait à votre désavantage : vous le licenciiez pour faute… et il repartait avec ses allocations chômage. L’abandon de poste était même devenu une combine pour quitter une entreprise en gardant ses droits.
Depuis 2023, la logique s’est inversée. Un salarié qui plante son poste est désormais présumé démissionnaire : en principe, pas de chômage. Pour une fois, la règle joue dans votre sens. Mais — il y a un mais — seulement si vous envoyez la bonne lettre.
La lettre qui déclenche tout
Vous ne pouvez pas constater la démission tout seul. Tout repose sur un seul courrier, recommandé ou remis en main propre contre signature. Pour qu’il produise son effet, il doit dire trois choses, ensemble :
1 — « Revenez et justifiez-vous. » Vous demandez au salarié de reprendre son poste et d’expliquer son absence.
2 — « Vous avez au moins 15 jours. » Vous fixez un délai — jamais moins de 15 jours — qui court à partir de la réception du courrier.
3 — « Voici ce qui se passera sinon. » La lettre doit écrire noir sur blanc que, faute de revenir ou de se justifier dans ce délai, le salarié sera considéré comme démissionnaire.
C’est ce troisième point qu’on oublie le plus souvent — et c’est le plus dangereux à oublier. Sans cette mention, toute la procédure tombe (la justice l’a tranché fin 2024). Vous croiriez tenir une démission ; vous n’auriez rien.
Passé le délai, si le salarié n’est ni revenu ni justifié : c’est acté, il est démissionnaire. Vous établissez son solde de tout compte et ses documents de départ.
Ce qui peut tout faire capoter
Deux choses font échouer la présomption :
– Une lettre bâclée — il manque l’une des trois mentions, surtout l’avertissement. Procédure irrégulière : retour à la case départ.
– Un motif légitime. Si le salarié avait une vraie raison de ne pas être là, il n’y a pas d’abandon « volontaire ». Par exemple : un arrêt maladie, l’exercice du droit de retrait face à un danger, une grève, ou le refus d’une modification de son contrat que vous lui imposiez.
Dans les deux cas, pas de démission. Vous vous retrouvez à devoir reprendre le salarié — ou lancer un vrai licenciement — avec, en prime, le risque qu’un conseil de prud’hommes vous sanctionne pour l’irrégularité, en mois de salaire. D’où le réflexe : lisez d’abord la réponse du salarié avant d’aller plus loin. Et gardez en tête qu’il peut contester devant le conseil de prud’hommes, avec les conséquences que cela peut comporter.
Et si c’est un CDD ?
Attention, tout ce qui précède vaut pour un CDI. En CDD, ça ne fonctionne pas : la démission n’est pas un moyen de rompre un contrat à durée déterminée — un CDD ne se casse avant l’heure que dans des cas précis (faute grave, force majeure, inaptitude). Un salarié en CDD qui abandonne son poste ne peut donc pas être présumé démissionnaire.
Votre voie, dans ce cas, c’est la rupture anticipée pour faute grave : une procédure disciplinaire classique (convocation à entretien, puis notification). Le résultat est proche — le contrat s’arrête — mais le chemin n’est pas le même. Ne confondez pas les deux.
⚖️ Le quiz en pratique
Vrai ou faux ? Un salarié qui abandonne son poste touche le chômage.
Réponse : faux (en principe). Depuis 2023, il est présumé démissionnaire — donc pas d’allocations, sauf s’il parvient à renverser cette présomption devant les prud’hommes. C’est tout le retournement de 2023.
Qui a dit que le droit social était facile à comprendre ?
Cet article propose une information générale, à jour à sa date de publication. Il ne constitue pas une consultation juridique : chaque situation étant particulière, rapprochez-vous d'un professionnel du droit avant toute décision.


